Toute baisse du taux de chômage est bonne pour l’économie

Les taux sont des valeurs obtenues en faisant le rapport entre deux quantités et en exprimant le résultat en pourcentage. Le taux de natalité, le taux de satisfaction, le taux de change et toutes sortes d’autres sont des mesures qui sont souvent utilisées en sciences humaines.

Chaque taux a sa définition et il est bien important de bien comprendre cette définition pour être en mesure de faire une analyse fine de sa valeur. Sans cette compréhension, il sera possible de faire des erreurs d’interprétation.

Le taux de chômage

Le taux de chômage est une mesure déterminante pour poser un diagnostic sur l’emploi et l’économie d’une région géographique. Au Canada, Statistique Canada produit mensuellement un rapport sur la question. À chaque mois, les médias se penchent sur ces données pour tenter d’en tirer des informations sur la vigueur du marché de l’emploi au pays.

En général, on comprend que si le taux de chômage diminue, c’est parce que le nombre de chômeurs a diminué parce qu’ils se sont trouvé des emplois. Inversement, si le taux de chômage augmente, c’est parce que des personnes ont perdu leur emploi. C’est une compréhension qui est à la fois juste et erronée. La confusion vient généralement d’une mauvaise connaissance des définitions qui mènent au calcul de ce taux.

Un tableau publié par Statistique Canada sur le chômage.
Un tableau publié par Statistique Canada sur le chômage.

Qu’est-ce que le chômage?

Selon le ministère canadien de l’emploi, les chômeurs sont:

les personnes qui, durant la semaine de référence, n’avaient pas de travail, étaient disponibles pour travailler et avaient été mises à pied temporairement, avaient cherché un emploi au cours des quatre dernières semaines ou devaient commencer un emploi au cours des quatre prochaines semaines.

Pour simplifier, on peut dire qu’il faut trois caractéristiques être chômeur: 1) ne pas avoir d’emploi, 2) être apte et disponible pour le travail, 3) être à la recherche active d’un travail. Cela signifie, par exemple, que la personne qui part en voyage à l’étranger après avoir perdu son emploi n’est pas considérée parmi les chômeurs car elle n’est pas disponible pour le travail. Aussi, et c’est important de le noter, une personne qui ne se cherche pas d’emploi n’est pas considérée comme un chômeur. Par exemple, les personnes aptes au travail recevant de l’aide sociale ne sont pas considérés comme des chômeurs malgré ce qu’on pourrait peut-être penser.

De plus, la définition du taux de chômage est aussi importante. Elle est la suivante:

\text{Taux de ch\^omage}=\frac{\text{ch\^omeurs}}{\text{population active}}

D’abord, disons que la population active est composée de la somme des personnes occupant un emploi et des chômeurs. Ensuite, remarquons que deux choses peuvent faire varier ce taux. Une augmentation du nombre de chômeurs, selon la définition précédente, aura un effet à la hausse sur le taux calculé. Cependant, à nombre de chômeurs égal, une diminution de la population active aura aussi le même effet.

Toute baisse du taux de chômage est bonne pour l’économie

Reprenons l’affirmation pour l’analyser. La plupart du temps, une baisse du taux de chômage est causée par la diminution du nombre de chômeurs. De façon générale, cette baisse est causée par le retour au travail des travailleurs considérés au chômage. Cela signifie que la population active reste la même (ou augmente un tout petit peu, de façon relative) et que les chômeurs ayant retrouvé un emploi sont envoyés dans la population occupée. Dans ce contexte, on peut considérer cette baisse comme positive pour l’économie.

Cependant, il se peut aussi que la baisse du taux de chômage soit due à une diminution de la taille de la population active causée par une quantité de chômeurs ayant arrêté de chercher un emploi. Dans ce cas, on verra une baisse du taux de chômage mais une augmentation du nombre de personnes sans emploi. En effet, la diminution du nombre de chômeurs et de la population active, par ricochet, aura un effet à la baisse sur le taux de chômage. On ne peut pas le voir comme quelque chose de positif.

Démontrons la chose par un exemple numérique. Supposons qu’en mars 2014, il y avait à Québec 245 000 personnes occupées et 20 000 personnes au chômage pour un taux de chômage de \frac{20000}{245000+20000}=7,5\% . Supposons qu’un mois plus tard, 5000 chômeurs ont arrêté de se chercher un emploi parce que le marché ne leur offre pas de possibilités mais que l’emploi est resté stable. Ainsi, on trouvera un taux de chômage de \frac{15000}{245000+15000}=5,8\%. Personne ne s’en réjouira.

Ainsi, certaines baisses du taux de chômage sont positives alors que d’autres sont négatives, il faut considérer un autre facteur pour déterminer dans quel cas on se trouve. En effet, en coordonnant notre observation du taux de chômage avec celle du taux d’activité (rapport entre la population active et la population en âge de travailler), on peut tirer de meilleures conclusions. Une baisse du taux de chômage accompagnée d’une baisse du taux d’activité est un mauvais signe pour le marché de l’emploi. Une baisse du taux de chômage avec une stagnation ou une augmentation du taux d’activité sera au contraire de bon augure.

Deux exemples

En 2008 aux États-Unis, la crise économique a frappé de plein fouet. Beaucoup de personnes ont perdu leur emploi, fait faillite, perdu leur maison, etc. Des grandes entreprises des domaines bancaires et automobiles ont frôlé la mort et ont dû être sauvées par les gouvernements. Je me souviens d’avoir lu à plusieurs endroits des journalistes se réjouir de la baisse des taux de chômage alors que dans les faits, les choses avaient empiré par le retrait de personnes de la population active.

Au contraire, Radio-Canada rapportait cette semaine l’analyse des données de l’emploi publiées par Statistique Canada et présentées plus haut. Dans l’article sur le sujet, la précision est correctement donnée:

Le nombre de Québécois sur le marché du travail a diminué de 32 000 en avril. Néanmoins, le taux de chômage se maintient à 7,6 % parce qu’il y avait moins de personnes en recherche d’emploi au cours de cette période.

Avant d’essayer d’analyser un taux ou une donnée, il faut toujours s’assurer de bien comprendre comment est construite cette donnée. De cette façon, on pourra éviter de tirer des conclusions incorrectes sur la base de mauvaises prémisses.

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1 réflexion sur « Toute baisse du taux de chômage est bonne pour l’économie »

  1. C’est pour cette raison qu’en économique, le taux de chômage étant une mesure de l’emploi, on prend en compte d’abord la variation mensuelle de l’emploi en millier de personnes avant le taux de chômage.

    Finalement, seulement pour poursuivre sur les limites du taux de chômage, cette mesure de l’emploi ne donne qu’une idée partielle de la situation de l’emploi en ne prenant pas en considération par exemple le ratio travailleur à temps partiel : travailleur à temps plein. Ce ratio n’a cessé de croître de manière assez inquiétante aux États-Unis depuis la dernière crise économique.

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